Citation du jour :
Ne point rendre le mal pour le mal.
(Règle de Saint Benoît 4,29)

Gaudete

 

Gaudete ! Réjouissez-vous !

Avec tout ce qu’on entend ? Le mouvement de contestation des gilets jaunes, la violence qui accompagne beaucoup de manifestations, une attaque terroriste, des mauvaises nouvelles de santé concernant des proches, des personnes qui comptent sur notre prière, leur détresse parfois… Et la liturgie invite à la joie. Gaudete ! Ils sont fous ces chrétiens !

Mais saint Paul l’avait déjà remarqué, annoncé : « La sagesse du monde, Dieu ne l’a-t-il pas rendue folle ? (…) nous proclamons un messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les nations païennes. (…) Ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes. » (1Co 1, 20…25) Donc creusons, voyons comment nous pouvons nous réjouir et de quoi nous devons nous réjouir.

L’oraison de ce jour nous met sur la piste. Elle nous indique le premier motif « évident » (est-il vraiment évident ? mais du moins on pouvait s’en douter) : Noël approche, nous nous préparons à célébrer la naissance du Christ. Même des personnes pas trop croyantes peuvent deviner que pour les chrétiens « convaincus » ce doit être une source de joie. Mais comment cette joie peut-elle ne pas être étouffée par l’actualité du monde ainsi que plus proche, personnelle ? C’est pourquoi l’oraison ajoute cette demande au Seigneur : « Dirige notre joie vers la joie d’un si grand mystère » ! Oui, il s’agit d’une joie qui nous dépasse, qui donc peut dépasser l’ombre de l’actualité.

C’est sans doute Sophonie qui nous parle le mieux de cette joie du dimanche de Gaudete. La joie déborde tellement de son message qu’elle en est contagieuse. Rien qu’à le lire ou l’entendre, nous sommes touchés au plus profond. Mais il ne faudrait pas se méprendre. Le prophète n’annonce pas une vie facile, sans plus aucune peine, sans malheur, déjà maintenant sur terre, comme par un coup de baguette magique.  Le cœur de la joie de Sion, et la nôtre, c’est que le Seigneur, le Sauveur, habite en elle. Comme dans la Jérusalem céleste décrite à la fin de l’Apocalypse, on n’a plus besoin de la lumière du soleil, il n’y a plus de temple non plus, car Dieu avec l’Agneau est au milieu d’elle.  Voilà le mystère, source de joie. Nous allons célébrer, accueillir, « Dieu-avec-nous ». Dieu qui se fait, qui s’est fait, l’un de nous. N’est-ce pas une joie extraordinaire, que nous ne pourrions « inventer », atteindre par nous-même. Cette Bonne Nouvelle ne sera pas dans les journaux, mais elle s’invite dans nos vies, même dans les drames, les tristesses, les inquiétudes de nos vies. Cette joie assume nos vies, les transfigure, sans effacer, empêcher la souffrance, la tristesse que nous avons à rencontrer, à vivre. Mais nous savons que cet Enfant dont nous allons célébrer la naissance, l’Emmanuel, vient donner sa Vie pour nous sauver du Mal, il vaincra la mort pour nous en délivrer définitivement. C’est l’ennemi dont Dieu nous délivre, comme l’annonce Sophonie. La mort, avec son triste cortège est vaincue. Nous devrons comme le Christ, comme l’Agneau, la traverser mais elle ne pourra nous retenir, elle n’a pas le dernier mot. Le Mal, que nous voyons à l’œuvre dans le monde, dans nos vies, est vaincu. N’est-ce pas une grande joie ?

Mais il y a plus encore dans le texte de Sophonie. Gaudete, ce n’est pas tant nous qui nous réjouissons que Dieu qui se réjouit ! Et figurez-vous qu’il trouve sa joie en nous. Il faut bien toute une vie pour accueillir pleinement cette affirmation audacieuse. « Il aura en toi sa joie et son allégresse (…) il exultera pour toi et se réjouira comme aux jours de fête » ! Ce n’est pas une faute de frappe, la phrase est longue, claire, insistante. Et Sophonie n’est pas le seul à tenir ce langage. Un tropaire de l’Avent fait chanter un passage de Néhémie (ch 8) : « La joie du Seigneur est votre rempart » ! Nous trouvons force et joie, une joie que rien ne peut troubler, ni effacer dans cet Amour de Dieu qui nous renouvelle, qui trouve sa joie en nous, en chacun de nous ! Ne laissons pas ce court texte passer trop vite et filer aux oubliettes de notre mémoire. Mais chantons, reprenons sans fin, comme prière du cœur, cette phrase du cantique d’Isaïe : « Ma force et mon chant, c’est le Seigneur, il est pour moi le salut » !

 

Sr Marie-Paule

16 décembre 2018



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